TYPOLOGIE DES MONUMENTS FUNERAIRES
Au cours de ce travail à UVEA nous avons recensé 71 sépultures dont 69 monuments funéraires (tableau n°09). Les deux sépultures qui n’entrent pas dans la catégorie des monuments sont celles des sites HI002 et HI022.
Le Site H1002 (carte n° 3) est un champs funéraire où rien de particulier ne vient rappeler le souvenir des gens qui y sont enterrés. La tradition rapporte que des futuniens y seraient enterrés debout faisant face à leur lieu d’origine. Seul indice notable, mais il est d’ordre structural, on remarque par endroits, quand le sol a été boulversé, la présence du sable corallien blanc sous la couche d’humus.
Le site H1022 (carte n° 6) est la tombe d’un sorcier de la région d’ALELE, et rien dans le paysage ne laisse supposer son existence. Nous avons très peu d’information sur les sépultures des gens communs. Il semblerait qu’ils étaient inhumés entre autres de cette manière.
Sur les 69 monuments recensés 12 sont très endommagés ou complètement détruits. La typologie repose donc sur 57 monument (tableau n° 9). Depuis le début de la dernière guerre, la destruction des monuments de surface s’est accélérée avec la construction des routes et les aménagements d’ordre stratégiques. Les premières destructions avaient commencé avec les batisseurs d’églises en quête de pierre de taille. De nos jours, les horticulteurs n’hésitent pas à planter sur les tertres funéraires. Ces bouleversements rendent difficile une prise en compte de certains paramètres. Par exemple, on a cru pertinent de retenir dans notre classification le critère de tertres entourés de pierres ou pas. Certaines sépultures bien conservées par la forêt, n’ont pas d’entourage de pierre tandis que d’autre en ont. Cependant, pour les monuments situés dans des zones habitées par l’homme, le choix a été difficile, car l’entourage de pierre n’a pas toujours résisté à la rapacité des batisseurs. Dans les cas difficile, nous avons considéré comme “tertre entouré de pierre” tous ceux pour lesquels il y avait un souvenir de cet entourage et les vestiges au sol de quelques pierres. Nous avons pris en compte la nature du matériau de construction, la forme, la hauteur et la présence ou l’absence d’un entourage de pierre. Nous considérons qu’un tertre est bas quand il mesure moins de 1 mètre. Cette décision a été prise après avoir constaté que les tertres dits “bas” de type B ou C se situaient à une hauteur qui variait entre O,20m et 0,8Om. La hauteur des tertres dits “élevés” des types B et C varient entre 1,20 et 2,50m. Un seul tertre de type B mesure 1 mètre de haut juste.
Les tertres de type A sont tous “bas” (le plus haut mesure 1,OOm), les autres se situent entre 0,4Om et O,9Om. Il nous est donc apparu raisonnable d’adopter la mesure de 1,00 mètre comme séparation entre les tertres “élevés” et “bas”.
MONUMENTS DE TYPE ASépulture en terre en forme de tertre rond ou ovale presentant deux étages. Aucune de celles observées jusqu’alors ne dépasse 1 mètre de haut. Nous les considérons donc tous comme bas. La différence de hauteur entre ces deux étages n’est pas très grande. On subdivise ce type en deux catégories.
Type Al : la sépulture est dotée d’un entourage de blocs de pierre délimitant chaque étage.

TypeA2 : la sépulture est toute en terre sans entourage de pierre.

On a dénombré 4 sépultures de type Al et 2 sépultures de type A2 (tableau 9).
MONUMENTS DE TYPE B
Sépulture en terre en forme de tertre rond ou ovale sans entourage de blocs de pierre. Les monuments de ce type sont les plus nombreux. On subdivise ce type en deux catégories:
Type Bi : La sépulture est basse et légèrement bombée.

Type B2 : La sépulture est élevée, légèrement bombée ou plate.

On a dénombré 15 sépultures de type Bi et 9 sépultures de type B2.
Il faut mentionner toutefois que les 5 sépultures d’ATUVALU (MUO2O f,g,h, j, et k tableau 9) pourraient ne pas appartenir au type Bi mais au type B2 dans la mesure où on ne sait pas si le sol environnant n’a pas été lui-même rapporté constituant en quelque sorte un gigantesque monument surélevé.
MONUMENT DE TYPE C
Sépulture en terre en forme de tertre rond ou ovale avec un entourage de blocs de pierre. Ce type se subdivise en deux catégories
Type Cl : La sépulture est basse, légèrement bombée ou plate

Type C2 : La sépulture est élevée et légèrement bombée.

On a dénombré 9 sépultures de type Ci et 3 sépultures de type C2.
MONUMENT DE TYPE D
Sépulture en terre de forme quadrangulaire plate ou légèrement bombée, entourée de pierres plates enfoncées de champs dans le sol.
La sépulture fouillée MUO2OA d’atuvalu est de ce type.

La sépulture MMO16 de l‘ilot de NUKUATEA (figure 8) est à part, elle n’entre pas exactement dans cette catégorie car la surface de la sépulture délimitée par les pierres plates est recouverte de dalles de corail grossièrement taillées. Ce monument funéraire est d’un type fréquent à Futuna. D’ailleurs cette tombe est appelée FUTUNA TU’U “tombe des futuniens”. Ce monument mis à part, nous avons recensé six sépultures de ce type.
MONUMENT DE TYPE E
Sépulture en terre haute de forme quadrangulaire et plate, dotée parfois d’un entourage de blocs de pierre.

Toutes les sépultures de ce type sont grandes, elles ont 20 mètres de long en moyenne. Malheureusement ce sont celles qui ont le plus souffert, elles ont toutes été ouvertes (sauf celle de Haafuasia). On est venu y prendre la dalle du caveau pour les constructions.
Nous avons dénombré 4 monuments de ce type. La forme de la sépulture de TAULOKO (NIUVALU) à Ha’afuasia a été fortement modifiée par la construction de l’église et d’une route. Elle pourrait appartenir à ce type de monument.
MONUMENT DE TYPE F
Sépulture en terre de forme rectangulaire entourée de blocs de pierre avec un tertre rond élevé sur une extrémité du rectangle. Les deux seuls représentants de ce type de monument montrent que la partie basse du rectangle s’élève respectivement de 0,80m et 0,60m au dessus du sol environnant.

Ce type de sépulture est très particulier, d’après la tradition, le personnage important est enterré dans et sous le tertre tandis que les compagnons qui l’ont accompagné dans 1 ‘au delà sont enterrés plus loin, dans l’espace rectangulaire. On peut supposer que d’autres tertres élevés étaient également dotés d’un entourage semblable et que les blocs de pierre ont été emportés.
MONUMENT DE TYPE G
Sépulture élevée en pierre de forme indéfinie, c’est pour mémoire que nous définissons ce type de sépulture. En effet, nous n’avons véritablement recensé qu’un seul monument de ce type. Il s’agit du site MU047 (carte n°28) à Utuleve.
Actuellement, une entreprise extrait les blocs d’une vaste plate-forme en pierre de forme arrondie large de 200 mètres. A l’intérieur le bulldozer a mis au jour un squellette qui était disposé au centre d’une construction rectangulaire dénommée KAUPA (Bataillon 1932 211) faite de corail brulé. C’est le seul exemple de sépulture en pierre que nous connaissons pour UVEA. Cependant dans ce type nous avons également introduit la sépulture de LULU à LOGOTUITUI (site HA048). Ce monument ressemble beaucoup à l’autre monument MALAMA TAGATA (site MU046) d’Utuleve. Il est tout en pierre, de forme rectangulaire avec un espace rempli de sable corallien dans lequel il y a des ossements. Nous pensons qu’il faut considérer ces deux monuments comme des structures d’habitats utilisées ultérieurement pour y enfouir des morts.
LES MODES D'INHUMATION
Si on considère maintenant les inhumations dans les monuments funéraires à UVEA, on peut brièvement définir les modes d’inhumations suivants :
X = le corps se trouve au dessous de la surface du sol environnant
Xl = il est disposé sur un lit de cailloutis à une faible profondeur et le corps est recouvert de sable corallien, de cailloux et de terre (fouille du site MUO2OA).
X2 = il est disposé dans un caveau. Selon le mode tongien, le sol est creusé sur environ 2 mètre de profondeur. Le personnage important est disposé sur des serviteurs assis, le dos appuyé à la paroi du caveau qui est refermé par une dalle. On comble la sépulture avec du sable corallien et de la terre. On dispose ensuite les cailloutis de bord de mer en surface, (tradition recueilliepourle site H1023).
Y = le corps se trouve au dessus de la surface du sol environnant:
Yl = il est disposé à même le sol puis récouvert de sable corallien et de terre parfois. On observe aujourd’hui, dans les cimetières chrétiens de telles sépultures à côté de tombeaux de type européens. Cette pratique est également en usage à Tonga.
Y2 = il est disposé dans un caveau construit, bien au dessus du sol environnant, à l’intérieur d’un tertre artificiel. Le caveau est refermé par une dalle. On retrouve le même récit selon lequel le défunt principal reposerait sur les génoux de serviteurs assis, le dos appuyé à la paroi du caveau. On retrouve toujours au dessus de la dalle du sable corallien, de la terre, et parfois des cailloutis de bord de mer.
En plus des récits traditionnels sur ce mode de sépulture recueillis pour certains nombre de monuments funéraires, nous avons retrouvé les vestiges de ces pratiques sur les monuments détruits suivants : HIOO5 (type C2), MU025 (type E), MU028 (type E) et MUO99b (type E). La sépulture d’Atuvalu (MU2Oc de type non identifiable) ouverte par les missionnaires (BURROWS 1937: 42) présentait les mêmes caractéristiques.
Y3 = Les corps sont disposés à l’intérieur du tertre artificiel emballés dans du sable corallien (informations recueillies pour les monuments MU1O2 (type B2) à Utuleve et MU78 (type Cl) à TAULATUA).
On remarquera que le sable corallien est associé à tous les modes de sépultures recensés à UVEA.
| monuments | type de monuments | mode d'inhumation | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| X 1 | X 2 | Y 1 | Y 2 | Y 3 | ||
| HI 021 MI 001 |
A 1 A 1 |
x t x t |
||||
| MU 102 | B 2 |
x |
||||
| MU 078 MU 035 HI 005 |
C 1 C 2 C 2 |
x x |
x t |
|||
| MU 020A | D |
x |
||||
HA 004 |
E E E E |
x t x x x |
||||
| HI 023 | F | x t | ||||
| MU 047 | G |
x |
||||
tableau N° 10 . Les monuments funéraires et les modes d'inhumation . ( t = tradition orale )
Voici les monuments pour lesquels nous avons obtenu des informations sur le mode d’inhumation, soit par l’observation directe (monuments fouillés ou ceux partiellement détruits) soit par la tradition orale (tableau n° 10).
Ce tableau montre que les modes Y1 et Y3 sont en général utilisés pour les gens communs. Le mode Vi observé de nos jours n’est que la survivance d’une pratique pré-chrétienne qui correspondait à une couche de la société. D’ailleurs les monuments de cet ordre prennent le nom de TANO. C’est le nom utilisé de nos jours pour traduire le mot “cimetière”. Les sépultures de tous les autres types s’intitulent “FAITOKA” . La hauteur du monument est indifférente, tout dépend du nombre de corps qui s’y trouvent.
Les autres modes d’inhumation ont une concordance avec le type de monument et sa hauteur. Ainsi tous les monuments de type E qui sont élevés, possèdent un caveau avec une dalle (mode Y2). Il serait intéressant de confirmer ces donnés par des fouilles.