OBJECTIFS  et  MÉTHODES D’INVESTIGATION

Les objectifs scientifiques visaient à compléter les connaissances sur la préhistoire de la Polynésie occidentale et rechercher le rôle joué par les populations des divers archipels dans le processus de peuplement, la formation des systèmes sociaux, l’émergence des identités culturelles. Jusqu'à présent aucune recherche comparable aux travaux entrepris aux Samoa, aux Tonga, aux Fiji et même à Futuna n’avaient été entreprise à Uvéa. Il nous est apparu urgeant de compléter ici nos connaissances, d’autant que les impératifs locaux du développement, dont nous ne saurions mettre en cause le bien fondé, imposent des contraintes sévère à la mise en œuvre d’une politique de préservation et de valorisation d’un patrimoine culturel dont l’intérêt et l’importance dépassent largement les limites de ce seul territoire. L’urgence qu’il y avait à entreprendre une telle étude est en grande partie fonction de ce handicap et répond à la prise de conscience de plus en plus aiguë qu’en ont les populations wallisienne et futunienne.

Les motivations concrètes de ce travail étaient en un premier temps de repérer et de relever minutieusement tous les sites ethno-archéologique (monuments, anciens villages, sites funéraires..), d’en dresser la carte de la répartition de la céramique et parallèlement de relever et de cartografier les données de traditions orales recueillies sur ces sites au cours de l’enquête de terrain. Il convient d’ajouter que ceci nous avait été demandé par les plus hautes autorités coutumières de Wallis dans un seul but : la sauvegarde de leur patrimoine culturel.

Notre première mission, consacrée pour l’essentiel à une enquête de couverture, a durée un peu plus d’un mois. Elle nous a permis d’achever l’inventaire des sites d’intérêt archéologique et ethno-historique du district de Hihifo et d’entreprendre celui du district de Mua. Cet inventaire sera complété pour l’ensemble de l’île en juillet-aout-septembre 1983 lors de notre deuxième mission.

Tous les sites repérés à partir d’une prospection systématique, orientée par l’observation des faciès naturels, les modes d’occupation, le repérage des vestiges de surface et les donnés de la tradition orale, ont été localisés, cartographiés, relevés et décrits, sans préjuger de leur intérêt intrinsèque. Pour chacun d’entre eux nous avons recueilli et enregistré en langue wallisienne, la ou les traditions orales s’y rapportant. Tous les sites répertoriés dans ce rapport ont fait l’objet de cette procédure d’investigation.

C’est ce corpus, présenté et systématisé sous forme de fiches, qui constituera l’essentiel de ce rapport. Néanmoins l’enquête ethnographique et de tradition orale ne s’est pas cantonnée, bien entendu, à ce seul point de vue. Nous avons entrepris dans le même temps le répertoire des documents d’archives et le collation-nement systématique, dans leurs différentes versions, des récits et des dires (mythiques ou à orientation historique), se rapportant de près ou de loin, aux processus de peuplement, aux modes d’occupation et d’organisation de l’espace, à la formation du royaume et à l’évolution de son organisation socio-politique. Cette investigation constitue avec la mise en œuvre de fouilles archéologiques, l’approche complémentaire indispensa-ble à la mise en forme des données brutes fournies par l’inventaire.